
En 2001 et 2003, j'ai filmé Maurice dans son atelier de la rue de Belleville. J'avais dans l'idée de faire un documentaire sur les créatrices de souliers et j'avais fait sa connaissance par le biais d'anciennes élèves. Ce film est resté à l'état de projet, mais en revisionnant les bandes, je crois que je vais découper cette interview en différentes parties et les diffuser sur ce blog.

L'atelier vu de la cour, cela rappellera des souvenirs à certaines maintenant qu'il y a de nouvelles fenêtres et bientôt de nouveaux volets.

Minette, toujours fidèle au poste.



© 2008 Miss Glitzy
Lorsque l'on branche une caméra pour interviewer Maurice, il faut accepter que la conversation ne suive pas forcement les questions que vous aviez en tête. Ce qui finalement est beaucoup plus enrichissant. Car c'est un conteur Maurice, et partant de la simple question: pourquoi avez-vous décidé d'enseigner votre métier à des femmes?, il a déroulé pour moi quelques fils de sa vie. Comment il s'est retrouvé en 1922, apprenti chez un cordonnier de Belleville à tout juste quatorze ans. Comment il a appris ce qu'était le métier de patron chez M. Ricci, napolitain qui s'était installé à Paris en 1920 et dont la spécialité était la chaussure de luxe pour dame. Maurice s'est installé à son compte en 1937 et depuis n'a finalement jamais cessé de fabriquer des souliers à la main. Je suis "
chaussurier" dit-il en souriant, "b
ottier quoi, enfin non, cordonnier". "
Qui travaille le cuir de Cordoue", puisque telle est l'origine du nom.
Alors les femmes? Une évidence, il aime leur compagnie et leur sensibilité qui se traduit dit-il dans la finesse de leurs dessins et de leurs modèles. Souvent il a entendu, "mais les femmes sont incapables de faire ça." Et lui de répondre, "mais je ne vois pas pourquoi. Malgré votre fragilité apparente, vous êtes plus solides que nous." Alors à part vouloir maintenir les femmes dans des tâches subalternes, il ne voit vraiment pas pourquoi elles seraient incapables de fabriquer des chaussures à la main. Ne serait-il pas féministe Maurice? En tous cas, il se moque de passer pour un fou auprès de certains de ses confrères, et c'est pourquoi il transmets son savoir à des femmes depuis plus de vingt ans.
Lorsque ces professeurs de l'Université Tafanel* le poussèrent à abandonner son métier pour enseigner lui-même. Il répondit simplement, "j'enseignerai autrement." Et ce ne sont pas les nombreux élèves qu'il a formés qui le contrediront. A revoir ces bandes vidéo, je regrette de ne pas l'avoir filmé et enregistré plus longtemps, tant il donne au fil de la discussion une belle leçon de vie.
Miss Glitzy
*du nom d'un café au coin des rues Rebeval et Lauzin où des étudiants venaient donner des cours de français aux étrangers fraîchement débarqués à Paris,