Maurice tu étais un ami sinon un grand-père. Je t'ai connu il y a 17 ans : le libraire de la rue de Belleville presque au coin de la rue Clavel m'ayait conseillé ton livre et invité à te rendre visite dans ton atelier pour le faire dédicacer. Ce fut notre première rencontre, suivie de beaucoup d'autres.
Le hasard - croit-on ? - m'avait fait habiter Belleville de retour de 5 années en Grèce. Belleville et Ménilmontant, terre d'accueil de mes grands-parents, des Juifs émigrés de Pologne. Des grands-pères artisans comme toi, l'un cordonnier, l'autre tresseur : un que je n'ai pas connu, assassiné à Auschwitz, l'autre disparu alors que j'étais jeune enfant...
Quelle rencontre vivante, vibrante, plus proche et plus féconde, en définitive, que bien de mes liens familiaux ! Ton travail, ton atelier, son odeur, celle du cuir, des formes en bois, des clous, de la colle, de minette... Et toutes ces jeunes femmes et un jeune homme aussi croisés rue de Belleville dans un climat d'harmonie studieuse. Sûr que mes écoliers (de CM1) de la rue des Alouettes que je t'ai amenés au moins trois années de suite avant de partir vers d'autres cieux se souviennent de toi... Walid, par exemple, traîné quasiment entre la carotte et le bâton très remonté contre les artistes et les artisans (il voulait du foot) et reparti le sourire aux lèvres après un échange de bises généreuses et musicales sur vos joues respectives, les siennes bien rebondies !
Tu avais un vrai talent pour transmettre... ton métier, ton expérience humaine, la vie.
Quel hasard aussi, je ne l'ai su que tardivement, le film te concernant a gagné le prix du festival de films sur les métiers d'art de Pezenas en 2002, l'année même où je m'y installais. Bizarre non ?
Maurice, je suis heureuse de t'avoir rencontré, de t'avoir côtoyé. Ca a été un honneur. Merci.
Michèle GRINSTIN
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